« Quelle est l’influence de l’évolution de l’image de l’enfant dans la société, entre 1900 et aujourd’hui, dans la manière de traduire la littérature de jeunesse ? Étude comparative de deux traductions en néerlandais de Le avventure di Pinocchio: storia di un burattino, de Carlo Collodi. »
Introduction :
Dans cette étude comparative, j’analyse deux traductions en néerlandais de la célèbre œuvre de Carlo Collodi, Le avventure di Pinocchio[1]. J’ai choisi, à cet effet, la toute première traduction de Pinocchio réalisée en 1900 par Delforno[2] et la toute dernière, écrite par Pietha de Voogd en 2019[3].
Le chef-d’œuvre de Carlo Collodi, Le avventure di Pinocchio: Storia di un burattino, est né en 1881 et a été publié en feuilleton dans l’hebdomadaire Il Giornale per i Bambini jusqu’en janvier 1883. Dès le mois suivant, les trente-six chapitres ont été édités en un unique volume chez l’éditeur florentin Felice Paggi. Quatre autres éditions ont suivi (1886, 1887, 1888 et 1890) avant la mort de Carlo Collodi en 1890. Les péripéties de la célèbre marionnette en bois furent, par la suite, rééditées d’innombrables fois au cours du XXe siècle. Ainsi, d’après un rapport rédigé par Giuliano Vigni en 1999 sur l’édition italienne, Le avventure di Pinocchio: storia di un burattino fut le deuxième livre le plus vendu au XXe siècle en Italie, avec un tirage de 9 à 10 millions d’exemplaires, ce qui lui permit de se dresser au rang de monument littéraire national aux côtés de La Divine Comédie de Dante (11 à 12 millions d’exemplaires).
Le succès à l’international fut tout aussi impressionnant et immédiat. Pinocchio a été traduit en pas moins de quatre cents idiomes (Montenot, 2020, p. 92), dont vingt-cinq dialectes italiens. La première traduction néerlandaise du célèbre roman fut réalisée par Delforno en 1900 et publiée aux éditions Honig. Si l’on se réfère au catalogue de la Centraal Bestand Kinderboeken (CBK), une cinquantaine de traductions et d’adaptations sont parues aux Pays-Bas de 1900 à aujourd’hui. La dernière traduction intégrale est celle de Pietha de Voogd publiée en 2019 chez Novecento. Ce sont cette première et cette dernière traductions intégrales que j’étudierai dans cette analyse en les confrontant au texte source.
Les raisons qui peuvent justifier de nouvelles traductions d’une même œuvre sont diverses. « Ce n’est pas toujours, pas surtout, parce qu’une traduction est “désuète” qu’on retraduit. »[4]. En effet, Yves Gambier, docteur en linguistique et professeur au Centre de traduction et d’interprétation de l’Université de Turku en Finlande, écrit ce qui suit:
Parmi les facteurs favorisants [les traductions], on a retenu pêle-mêle:
– les normes de lisibilité (en fonction des lecteurs visés) ;
– les outils d’aide à la traduction ;
– le contexte et les contraintes idéologiques d’une époque donnée […] ;
– les politiques éditoriales, intégrant l’ensemble des acteurs de la chaine éditoriale et y compris les modes de production et de distribution des livres ;
– les interprétations du traducteur et ses choix ou stratégies conséquentes ;
– la perception changeante des registres de langue ;
– et les caractéristiques de l’écriture traductive.[5]
La traduction de la littérature jeunesse ne répond pas aux mêmes exigences que la traduction de la littérature pour adultes. Cela est dû au statut à part de la littérature pour enfants. Dans son mémoire de maîtrise, En quoi la traduction des livres pour enfants est-elle spécifique?[6] Adriana den Boer affirme, en se basant sur l’ouvrage de Rita Ghesquiere, Het verschijnsel jeugdliteratuur[7], que la littérature de jeunesse s’est développée à « l’ombre de la littérature pour adultes »[8]. Son « statut inférieur est lié au fait que les textes destinés à des enfants sont considérés comme un moyen et non pas comme quelque chose de valeur en soi et c’est pour cela qu’on estime que les textes pour des enfants n’ont pas des qualités littéraires. »[9] Le statut inférieur attribué à la littérature jeunesse a longtemps justifié la grande liberté prise par certains traducteurs « de simplifier, de néerlandiser, d’abréger et de faire des adjonctions. »[10]
La littérature d’enfance s’est surtout développée à partir du XIXe siècle. C’est à cette période que l’enfant commence à occuper une place dans la société. Les premières lois contre le travail des enfants et pour la scolarisation obligatoire sont adoptées au cours de la seconde moitié du XIXe siècle partout en Europe. La littérature pour enfants est alors étroitement liée à l’éducation et doit transmettre les valeurs de la société. C’est aussi un outil de lutte contre l’analphabétisme. La langue revêt donc une importance particulière. Grâce à Pinocchio, Carlo Collodi va promouvoir le florentin sur toute la péninsule nouvellement unifiée. Après les années de guerre et de propagande fasciste, la littérature pour enfants connaît une nouvelle impulsion aussi bien en Italie qu’aux Pays-Bas. Les dimensions pédagogique et moralisatrice sont délaissées et une plus grande attention est accordée à la qualité littéraire et aux problèmes d’actualité, ce qui va permettre progressivement à la littérature de jeunesse de gagner l’intérêt et l’estime de la critique.
Les traducteurs de livres pour enfants n’ont pas les mêmes contraintes que les traducteurs de livres pour adultes. Le public cible étant des enfants, le critère de lisibilité est déterminant. Gideon Toury estime que l’on ne peut pas traduire de la même manière pour « des enfants qui ne savent pas encore parfaitement lire et à qui l’expérience de vie manque. De plus, les enfants n’acceptent pas la présence de nombreux éléments étrangers et inconnus dans un livre comme cela peut être le cas dans des livres pour adultes. »[11] Le traducteur est donc contraint de réaliser un minimum d’adaptations. Il doit également satisfaire les adultes qui achètent le livre et donc se conformer aux valeurs morales de la culture cible. Du fait du statut secondaire de la littérature de jeunesse, les traducteurs s’autorisent à prendre plus ou moins de libertés avec le texte source, lorsque celui-ci n’est pas soumis aux droits d’auteur (cas de Pinocchio dès sa parution). Dans son mémoire, Adriana den Boer reprend un article de 2005 du spécialiste de la littérature de jeunesse, Jan van Collie, intitulé Vertalen voor kinderen: hoe anders. Pour lui, il ne s’agit pas de se demander « si le traducteur doit s’adapter aux jeunes lecteurs, mais [d’examiner] de quelle façon et où le traducteur fait des adaptations. »[12] Il en distingue trois sortes : les adaptations de références culturelles, les adaptations dans le domaine du choix des mots, les adaptations des normes et des valeurs.
Les adaptations culturelles concernent notamment les noms propres. De manière générale, la tendance actuelle chez les traducteurs est de ne pas toucher aux noms propres. Cela ne s’applique cependant pas à la littérature de jeunesse, où les noms propres sont généralement adaptés à la culture cible, surtout lorsque ceux-ci sont porteurs de sens. Les éléments culturels inconnus ou inhabituels dans la culture cible sont également adaptés. Ce sera le cas par exemple de plats typiques, de traditions, du nom de jeux, etc. Lorsque le nom étranger est maintenu, il est généralement accompagné d’une explication.
Les adaptations dans le choix des mots permettent une meilleure lisibilité. « Ces adaptations peuvent se faire aux niveaux phonétique, morphologique, lexico-sémantique et pragmatique. Les adaptations peuvent être des remplacements, des omissions, des adjonctions et des ajustements »[13] :
- L’adaptation phonétique rend la lisibilité plus facile. Dans « Harry Potter », Wiebe Buddingh a remplacé « Dursley » par Duffeling ». […]
- L’adaptation morphologique se fait souvent par l’adjonction d’un suffixe diminutif. L’emploi de suffixes diminutifs montre que le traducteur voit des enfants comme de petits êtres mignons auxquels on s’adresse dans un langage enfantin. […]
- Au niveau lexico-sémantique, l’adaptation consiste dans le remplacement par un mot plus simple, plus concret, plus connu. […]
- Au niveau syntaxique, le traducteur divise une phrase longue et complexe en deux ou plusieurs phrases. Une autre façon d’adaptation est l’explicitation du lien causal. […]
- Au niveau pragmatique, le traducteur change le fonctionnement du texte en ajoutant des particules pragmatiques (heus, echt, toch, maar, eens) ou un adverbe d’intensité. […] Le traducteur peut changer le fonctionnement de la phrase en remplaçant une phrase affirmative par une phrase interrogative ou le discours indirect par le discours direct. Le traducteur emploie ces adaptations pour impliquer le lecteur dans le récit et augmenter la vivacité de l’histoire. Très souvent, le traducteur explicite et concrétise ce qui était implicite dans le texte original. Ainsi le texte d’arrivée perd la suggestivité du texte de départ. […] [14]
Les adaptations des valeurs et des normes sont nécessaires pour se conformer aux normes pédagogiques de la culture cible. « Les adaptations de moralité les plus fréquentes se produisent dans le domaine des règles de la politesse, de la sexualité et du physique, de la violence et de la religion. »[15]
Il faut noter que tous les traducteurs ne partagent pas le même point de vue sur les stratégies à adopter pour traduire la littérature de jeunesse. Ainsi, certains traducteurs, comme Adriana den Boer, pensent que le devoir de fidélité au texte source doit aussi pouvoir s’appliquer à la littérature de jeunesse. En outre, la manière de traduire du traducteur sera aussi fonction de l’image qu’il a de l’enfance. « S’il estime que les enfants sont intelligents et éveillés, il expliquera moins que s’il considère les enfants comme ignorants et bornés. »[16]
Pour la traduction des livres pour enfants, l’influence qu’exerce la société de la langue cible sur les choix de traduction est donc grande : le traducteur est influencé par la vision que la société a de l’enfant, par ses exigences morales, par la valeur littéraire qu’elle attribue au texte source. Pour des raisons de compréhension, il devra également faire quelques adaptations culturelles. Dans son article sur Carlo Collodi, Jos Staal nous fait part des constatations qu’ont pu faire Leontine Bijman et Annegret Böttner en comparant plusieurs traductions de Pinocchio en néerlandais. Elles ont découvert notamment que la morale était souvent adaptée à la situation actuelle. Dans la première traduction de Delforno de 1900, l’accent était surtout mis sur le travail plutôt que sur l’école, tendance plutôt calviniste. Dans les années soixante, Hans Andreus a fait de Pinocchio une sorte de provo.[17]
Dans cette étude, j’ai donc voulu comparer la première traduction de Pinocchio en néerlandais, réalisée par Delforno en 1900, avec la dernière, écrite par Pietha den Voogd en 2019, afin d’évaluer l’impact de l’évolution de la place de l’enfant dans la société sur les choix qu’on fait les traducteurs à plus d’un siècle d’écart.
Méthodologie :
Le livre De avonturen van Pinokkio, traduit par Delforno en 1900, n’étant disponible dans aucune bibliothèque de Bruxelles, je me suis appuyée sur le scan disponible sur le site de la Digitale Bibliotheek voor de Nederlandse Letteren (DBNL). La traduction de Pietha de Voogd est, quant à elle, la seule traduction intégrale disponible en bibliothèque dans le réseau bruxellois. Pour la version originale, j’ai choisi l’édition critique publiée en 1983, à l’occasion du centenaire de l’œuvre, par la Fondazione Nazionale Carlo Collodi et disponible en ligne. C’est d’ailleurs de cette édition que Pietha de Voogd déclare, en postface, s’être servie pour sa traduction.
J’ai choisi d’étudier les œuvres dans leur intégralité afin de disposer d’échantillons représentatifs. J’ai voulu relever les divergences entre les deux traductions afin de pouvoir, par la suite, déterminer le rôle joué par la société dans les choix réalisés par les traducteurs. Les divergences entre les traductions de 1900 et 2019 étant cependant trop nombreuses, j’ai décidé de ne relever que les passages où le narrateur s’adresse directement aux lecteurs (que ce soit dans le texte original ou dans les traductions). En effet, l’enfant occupant une place centrale dans la littérature de jeunesse, il m’est paru judicieux de privilégier, pour mon relevé, les passages où le jeune lecteur est directement interpellé, que ce soit dans la version originale ou dans les traductions. Les interventions sont parfois très brèves, j’ai donc relevé la phrase entière, par souci de clarté et pour plus de pertinence.
J’ai d’abord relevé les divergences que l’on pouvait qualifier d’erreurs, selon la définition de Jean Delisle, revue par Henri Bloemen et Winibert Segers. Jean Delisle distingue deux sortes d’erreurs : les erreurs de sens (contre sens, faux-sens, non-sens) et les erreurs de traduction (sous-traduction, surtraduction). Le faux-sens, ou « interpretatiefout », est avéré lorsque « aan een woord, een woordgroep of een zin uit de brontekst wordt een verkeerde betekenis toegekend »[18] (un sens incorrect est attribué à un mot, une expression ou une phrase du texte source). La sous-traduction, ou « ondervertaling », survient lorsque « bepaalde inhoudelijke of vormelijke elementen uit de brontekst zijn in de doeltekst zonder reden niet opgenomen »[19] (certains éléments de fond ou de forme du texte source ne sont pas repris dans le texte cible sans raison). Enfin, il y a surtraduction, ou « oververtaling » lorsque « bepaalde elementen die niet in de brontekst voorkomen, worden zonder reden in de doeltekst opgenomen »[20] (certains éléments qui n’apparaissent pas dans le texte source sont inclus sans raison dans le texte cible).
Cependant les erreurs relevées (faux-sens, sous-traduction et surtraduction) étaient bien trop nombreuses pour être qualifiées d’erreurs. Étant donné la plus grande liberté dont disposent les traducteurs lorsqu’ils traduisent de la littérature de jeunesse, ces erreurs sont plus vraisemblablement des choix délibérés. J’ai donc pensé utiliser la terminologie de Jan Van Coillie pour remplacer ces termes (et utiliser donc omission, adjonction, remplacement et ajustements). Cependant, Jan Van Coillie se base sur la ratio quadripita[21] des rhéteurs classiques : detractio, adiectio, transmutatio et immutatio.[22] Or l’utilisation des termes transmutatio ou immutatio pour parler des faux-sens aurait été incorrecte. J’ai donc décidé de garder les termes sous-traduction, surtraduction et faux-sens par souci de clarté. Il faudra alors garder à l’esprit que je ne les considère pas vraiment, dans ce cas particulier, comme de véritables erreurs.
Lors de mon relevé des divergences entre les deux traductions, j’ai également repris les passages correctement traduits (sans erreur), mais pour lesquels les traducteurs ont fait des choix différents, notamment dans l’emploi des pronoms personnels, dans l’ordre de la phrase, etc.
Enfin, j’ai élaboré des sous-catégories pour chaque type de divergence afin de pouvoir déterminer les raisons de ces divergences.
Analyse
Les erreurs de traduction
Le premier constat que l’on peut poser après avoir relevé toutes les divergences entre les deux traductions, c’est que la version de 1900 comporte beaucoup plus d’erreurs que celle de 2019. En effet, sur les soixante passages relevés 19 présentaient des faux-sens dans le texte de Delforno contre 3 dans le texte de Pietha de Voogd. De même, nous avons relevé 39 passages présentant des sous-traductions dans le texte de Delforno, contre 6 pour le texte de Pietha de Voogd. En revanche, les cas de surtraduction sont plus nombreux chez Pietha de Voogd, avec 15 passages concernés contre, 7 chez Delforno.
Voici le relevé que nous avons fait des erreurs de traduction :
| traduction de Delforno de 1900 : De avonturen van Pinokkio | traduction de Pietha de Voogd en 2019 : De avonturen van Pinokkio | |
| Sous-traduction | 39/60 violence : 18, 18, 18, 39 dimension dramatique : 21, 23, 28, 29, 33, 33, 33, 46, 48, 51, 56 vieillesse : 57, 59, 59 marques d’affection, de compassion : 10, 13, 16, 37, 47, 50 interventions du narrateur : 8, 9, 14, 17, 18, 23, 27, 29, 30, 31, 33, 33, 34, 35, 39, 41, 50, 52, 54, 58, 59, 60 autres : 15, 24, 33, 41, 42, 49, 52, 53, 56 | 6/60 violence : 18 dimension dramatique : 23, 35 marques d’affection, de compassion : 50 autres : 24, 52 |
| surtraduction | 7/60 description : 20, 30, 38 affectif : 27 interventions du narrateur : 27autres : 15, 25, 51 | 15/60 description : 3, 8, 14, 33, 41, 41, 45 affectif : 1, 47, 50, 56 interventions du narrateur : 14, 19, 50, 51 autres : 9 |
| Faux-sens | 19/60 interprétation du traducteur : 6, 35, 38, 42, 58 personnages : 2, 14, 20, 24, 48 émotions : 6, 15, 18, 21, 42 objets : 43, 49, 56 autres : 10, 17, 56 | 3/60 interprétation du traducteur : 39, 60 autre : 15 |
Les sous-traductions
Si l’on regarde de plus près les passages qui n’ont pas été traduits, on peut constater chez Delforno qu’il s’agit essentiellement des interventions du narrateur. Sur les 37 cas de sous-traduction chez Delforno, 21 concernent, en effet, des interventions du narrateur, qu’il s’agisse de passage à la première personne ou à la deuxième personne, ou encore de commentaires du narrateur comme « ché questo era il suo nome » (14), « com’è facile » (17), « basti dire » (33). Ces interventions sont, au contraire, toutes conservées chez Pietha de Voogd. Elle se permet même d’en rajouté certaines comme « denk maar niet » (19) ou « Wat denken jullie? » (51).
Les passages trop violents ont été supprimés (18 et 39 chez Delforno, 18 chez Pietha de Voogd). Les passages avec une trop forte dimension dramatique n’ont pas non plus été tous traduits : cela représente 9 cas de sous-traduction chez Delforno, contre 2 chez Pietha de Voogd. Les références aux désagréments liés à la vieillesse ont aussi été supprimées par Delforno dans les passages 57 et 59. Les marques d’affection ont été aussi largement gommées chez Delforno (7 sous-traductions) quand Pietha de Voogd, elle, en rajoute (3 surtraductions).
Les surtraductions
Dans les deux traductions, les traducteurs se permettent de rajouter par endroits des éléments descriptifs (3 pour Delforno et 6 pour Pietha de Voogd). Ainsi, Delforno rajoute des cheveux bouclés (20) à la fée. Lorsque le lecteur est invité à imaginer la réaction des enfant quand Pinocchio entre dans l’école (30), Delforno décrit simplement la joie des enfants, empêchant le jeune lecteur de se faire sa propre représentation de la scène. Enfin, il complète la description du « kort, dik mannetje » par une image plutôt comique absente de l’original : « een vollemaan » (48). De son côté, Pietha de Voogd guide également l’imagination du jeune lecteur en offrant des descriptions plus précises que dans l’original : « overrijpe » (3), « in zijn nek » (33), « in linea recta » (41), « feestgedruis » (41), « slaapmuts » (45). Elle fait également intervenir les sens du lecteur : « dat je je oren niet kan geloven » (8).
Pietha de Voogd fait aussi le choix de se montrer plus affectueuse avec le jeune lecteur que dans la version originale. Alors que le narrateur du texte source s’adresse à ses « piccoli lettori », le narrateur de Pietha de Voogd s’adresse à ses « kleine lezertjes » (1). L’emploi du diminutif en plus de l’adjectif kleine, est une démonstration supplémentaire d’affection envers son jeune lectorat. À l’utilisation du diminutif, s’ajoute l’emploi de l’adjectif « lieve » (47, 50), absent dans le texte de Carlo Collodi. Le diminutif est également utilisé en complément de l’adjectif klein lorsque Pietha de Voogd décrit une « klein, gedekt tafeltje » (56). Delforno, quant à lui, a fait le choix de supprimer une intervention du narrateur « impossibile immaginarsi » (27) et de compenser en faisant l’usage du pronom possessif « onze » au lieu du déterminant pour désigner la marionnette. « Impossibile immaginarsi la paura del burattino » devient ainsi « Wat werd onze harlekijn bang ! ». Si l’usage du possessif est une preuve d’affection, le passage en question est tellement raccourci que le lien avec le lectorat reste plus faible dans la version de Delforno que dans la version originale.
Les faux-sens
Les faux-sens que l’on retrouve dans les deux textes sont souvent dus également à une intervention du traducteur qui interprète la scène. Par exemple, au lieu de traduire une émotion, il décrit une attitude. C’est ce que fait Delforno lorsqu’il traduit « da non poterselo figurare » par « dat zij hun buik moesten vasthouden » (6) ou bien Pietha de Voogd lorsqu’elle traduit « sgangherata » par « op hun dijen sloegen » (39). Delforno enlève aussi au lecteur la possibilité d’avoir sa propre vision du « visino di melarosa » lorsqu’il traduit de manière beaucoup plus explicite « een gezicht zoo zoetsappig als honig » (38). En changeant le geste de Pinocchio, qui se gratte la tête à son réveil dans la version originale et qui tient sa tête entre ses mains dans la version de 1900 (42), Delforno va même jusqu’à changer l’état d’esprit de Pinocchio.
En commettant des erreurs de sens, Delforno modifie parfois l’image de certains personnages. Ainsi, la fée n’est plus une enfant, mais une jeune fille lorsqu’il traduit la « Bambina » par « meisje ». De même, le compagnon du célèbre chat n’est plus un renard, mais un loup. « Volpe » devient « Wolf » (24). Un autre faux-sens assez important réalisé par Delfono résulte de son choix d’utiliser le pronom personnel « hij » pour traduire « Pinocchio » (48). L’antécédent le plus proche étant « Lucignolo » ou « Zwavelstok », l’emploi du pronom change alors le sujet de l’action qui suit. Au lieu de Pinokkio, c’est alors Zwavelstok qui connaît « een hard en moeilijk leven ».
Delforno remplace parfois des émotions par des mots moins chargés émotionnellement. Ainsi, « incantata » devient « verbaasd » (6), « impietosito » devient « kwaad krijgen » (15), « meraviglia » devient « verbaasd » (18), « piangeva e singhiozzava » est remplacé par « zoo te keer ging » (21) et « sorpresa » par « ontdekking » (42).
Delforno remplace certains objets par d’autres. Les « spazzole di padule » se transforment en « roeispanen » (43), le « teatro » en « paardenspel » (49) et la « panna montata » en « dons » (56).
Choix des traducteurs :
Relevé des principales divergences entre les deux traductions :
| traduction de Delforno de 1900 : De avonturen van Pinokkio | traduction de Pietha de Voogd en 2019 : De avonturen van Pinokkio | |
| Adresse aux lecteurs | Pronoms : u/ge Jongens | Pronoms je/jullie kinderen |
| Changement de l’ordre de la phrase | 10 L’adresse aux lecteurs, constituant une phrase indépendante dans l’original, est insérée au milieu de la description dans la traduction. | 4, 9, 13, 17, 49 4 : adresse aux lecteurs, en début de phrase dans l’original, placée à la fin. 49 : adresse aux lecteurs, en milieu de phrase dans l’original, renvoyée à la fin de la phrase. 17 : adresse aux lecteurs, en milieu de phrase dans l’original, placée en début de phrase 9, 13 : Pinokkio, évoqué en milieu de phrase dans l’original, est ramené en début de phrase. |
| construction impersonnelle dans l’original et construction personnelle dans la traduction | 11, 12, 15, 17, 20, 22, 25, 37, 55, 57 | 6, 8, 11, 12, 13, 15, 17, 20, 22, 25, 27, 33, 36, 37, 41, 55, 57 |
| Noms propres | Traduction différente des noms propres : 14 : Mangiafuoco : Vuureter 16 : Arlecchino : Hansworst 24 : Volpe : Wolf 25 : Acchiappa citrulli : Pakdedomooren 33 : Alidoro : Kwik 37 : Lucignolo : Zwavelstok Enlève la majuscule : 20, 25, 27, 47, 55 | Traduction différente des noms propres : 14 : Vuurvreter 16 : Harlekijn 24 : Vos 25 : Dommengreyp 33 : Alidoro 37 : Lampepit |
| Expressions idiomatiques | 17, 22, 38 |
La première grande différence entre les deux traductions réside dans la manière de s’adresser aux jeunes lecteurs. En italien, on parle de ragazzi, le terme qu’emploie Carlo Collodi pour désigner des adolescents et jeunes adultes (définition du dictionnaire Treccani). Delforno choisit de s’adresser à des jongens plutôt qu’à des kinderen comme Pietha de Voogd. Le terme jongens correspond à des jeunes dont l’âge est situé entre l’enfance et l’âge adulte (selon la Oosthoek Encyclopédie), soit l’adolescence. Le terme kinderen désigne les individus n’ayant pas encore atteint l’âge adulte (selon la Oosthoek Encyclopédie), soit de 0 à 18 ans. Les deux traducteurs proposent donc une traduction correcte, à la différence près que Pietha de Voogd n’exclut pas les plus jeunes lecteurs. Delforno utilise les pronoms u et ge là où Pietha de Voogd utilise les pronoms je et jullie. Il entretient donc une distance plus grande avec son lectorat que Pietha de Voogd.
Globalement, Delforno reste plus proche de la structure de la phrase que Pietha de Voogd. Celle-ci n’hésite pas à changer l’ordre des éléments de la phrase. Conséquence de ces remaniements : les interpellations aux lecteurs sont mieux mises en relief que dans le texte source, en se déplaçant du milieu de la phrase au tout début ou à la toute fin.
Dans le texte original, le narrateur s’adresse souvent au lecteur au moyen de constructions impersonnelles. Ces constructions sont souvent remplacées par des constructions personnelles en néerlandais. Nous pouvons néanmoins constater que Delforno a moins recours à cette méthode, qui permet un rapprochement avec le lecteur en s’adressant directement à celui-ci, que Pietha de Voogd, qui l’emploie systématiquement. Delforno fait le choix de la sous-traduction (13, 27, 33) ou bien modifie le passage afin de pouvoir utiliser un autre sujet de la phrase (6, 8). Il ne s’adresse donc plus au jeune lecteur. Il fait également, à deux reprises, le choix de conserver la forme impersonnelle (36, 41).
Si l’on exclut Pinokkio et Geppetto, qui sont des noms de personnages trop connus pour qu’on y touche, nous pouvons remarquer que les traducteurs ont fait des choix différents pour la traduction des noms propres. Quand Delforno a adapté tous les noms, Pietha de Voogd a fait le choix de conserver le prénom d’Alidoro, alors qu’elle a adapté tous les autres. Les adaptations de Pietha de Voogd sont toutes restées fidèles au sens italien contrairement aux adaptations de Delforno. Au lieu de traduire Arlecchino, le célèbre personnage bouffon de la Comédie italienne, par Harlekijn, il choisit de le remplacer par un autre personnage bouffon de la Comédie italienne : Hansworst. Le renard, Volpe, devient un loup, Wolf, dans la version de Delforno. Pour Alidoro, qui signifie littéralement « ailes d’or », Delforno utilise une caractéristique du personnage, son souffle chaud, pour porter son choix sur Kwik. Le mercure peut aussi être associé à la chaleur du soleil, qui est de la couleur de l’or, et faire allusion au nom d’origine. Pour Lucignolo, qui fait référence à la mèche d’une bougie, Delforno choisit d’utiliser le surnom Zwavelstok. Nous restons donc dans le même champ lexical, mais l’objet désigné n’est pas le même. De plus, dans l’explication qui accompagne la raison de ce surnom, Delforno perd la description imagée et à double sens du texte de Carlo Collodi. Mangiafuoco a été traduit de la même manière par les deux traducteurs, mais l’orthographe diffère légèrement : Vuureter chez Delforno, et Vuurvreter chez Pietha de Voogd. Enfin, pour Acchiappa citrulli, on retrouve le même sens chez les deux traducteurs : Pakdemomooren (Delforno) et Dommengreyp (Pietha de Voogd).
Enfin, stylistiquement, Pietha de Voogd a fait le choix à trois reprises, parmi les passages relevés, d’utiliser des expressions idiomatiques pour traduire les expressions italiennes, alors que Delforno en a traduit le sens. Les trois expressions qu’a utilisées Pietha de Voogd ont la particularité de toutes renvoyer à de la nourriture, ce qui n’est pas le cas des expressions italiennes.
Conclusion :
Il résulte de cette analyse que Delforno, en 1900, se permet globalement beaucoup plus de libertés avec le texte de Carlo Collodi que Pietha de Voogd, en 2019. Il censure les passages trop violents, retire les allusions aux ravages de la vieillesse, et réduit la dimension dramatique au moyen de sous-traductions. Il fait l’étalage de moins de compassion et les marques d’affection sont supprimées ou gommées par l’emploi de termes plus neutres. Il se montre également plus distant avec son lectorat. Delforno efface de nombreuses interventions du narrateur interpellant ses jeunes lecteurs et s’adresse à eux au moyen du pronom personnel u ou ge. Delforno prend aussi quelques libertés avec les personnages, leurs caractéristiques physiques et leur nom. Il se permet d’ajouter quelques éléments descriptifs ou de changer certains objets. Enfin, il modifie quelques passages et oriente l’interprétation que doivent s’en faire les jeunes lecteurs. Il limite ainsi leur capacité d’imagination puisque l’implicite devient explicite.
Dans sa postface, Pietha de Voogd a affirmé sa volonté de rester au plus près du texte de Carlo Collodi. Elle n’a pas voulu adapter le choix des mots au niveau supposé des enfants. Elle a essayé de rendre la langue de Collodi et le dialecte en se servant d’une « extra sappige variant van onze spreektaal »[23]. Elle a également fait quelques ajouts afin de pouvoir restituer le style ironique et l’âme du texte de Carlo Collodi. C’est pourquoi les sous-traductions et les faux-sens sont peu nombreux dans le relevé alors que les surtraductions sont plus nombreuses. Celles-ci révèlent la volonté de la traductrice de se montrer proche de son jeune lectorat. Elle multiplie les adresses aux lecteurs et leur parle d’une manière très affectueuse en faisant un usage répété des diminutifs. Les interventions du narrateur sont également valorisées par un remaniement syntaxique. Les constructions impersonnelles visant à attirer l’attention des lecteurs sur certains points particuliers sont systématiquement ramenées à une construction personnelle, s’adressant directement aux lecteurs. Stylistiquement, Pietha de Voogd exprime la volonté de restituer le ton de l’œuvre originale. Elle utilise des expressions idiomatiques dont les références à la nourriture ne doivent pas être pour déplaire aux enfants. Elle ajoute quelques commentaires du narrateur pour marquer l’ironie ou le comique de certaines situations.
Pietha de Voogd cherche clairement à offrir au jeune lecteur un moment de plaisir. Elle conserve le panel d’émotions offert par le texte original et implique constamment le lecteur dans le récit. Delforno a préféré garder une plus grande distance avec son lectorat et adopter un ton plus neutre, moins dramatique et moins émouvant. Alors que Pietha de Voogd a tenu à rester au plus près du sens du texte italien, Delforno oriente plus l’interprétation du texte en modifiant certains passages, il intervient dans la réalité matérielle décrite en modifiant certains objets. Il fait donc moins appel aux émotions et à l’imaginaire de l’enfant. Il présente un univers plus acceptable au jeune lecteur que le texte original, avec moins de violence et moins de souffrances. La langue présente moins de nuances et est moins imagée. Pietha de Voogd a, au contraire, cherché à restituer au mieux toute la richesse de la langue de Collodi en puisant dans les ressources de la langue parlée néerlandaise. La langue est plus familière, le ton plus ironique. Sur bien des aspects, la distance avec la traduction de Delforno est donc énorme.
Plus d’un siècle après la première traduction de Pinocchio, le rapport de l’adulte à l’enfant a clairement évolué et se reflète dans la manière de traduire ce grand classique. Les émotions des enfants sont mieux prises en considération. On ne cherche plus à cacher la réalité. Les situations décrites doivent l’amener à réfléchir à la société dans laquelle il vit. Mais, à côté de cela, il doit aussi pouvoir se divertir et prendre plaisir à lire un texte dans une langue riche et variée. Le statut secondaire de la littérature de jeunesse tend à être réévalué et la qualité littéraire des livres à être mieux appréciée, ce qui se ressent aussi dans la qualité des traductions.
Bibliographie
Œuvres analysées
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COLLODI, Carlo. De avonturen van Pinokkio. Traduit de l’italien par Delforno. Utrecht, Honig, 1900. Scan disponible en ligne : https://www.dbnl.org/tekst/coll041avon01_01/
COLLODI, Carlo. De avonturen van Pinokkio, traduit de l’italien par Pietha de Voogd, Litouwen, Novecento, 2019.
Documentation
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catalogue de la CBK en ligne : https://picarta.oclc.org/psi/DB=3.34/SET=8/TTL=71/ (consulté le 9 août 2021)
Relevé des différences entre les deux traductions
| texte original de 1883 : Le avventure di Pinocchio, Carlo Collodi (édition de la Fondazione Nazionale Carlo Collodi. 1983) | traduction de Delforno de 1900 : De avonturen van Pinokkio | traduction de Pietha de Voogd de 2019 : De avonturen van Pinokkio | |
| 1 | p. 2 : — C’era una volta… — Un re! — diranno subito i miei piccoli lettori. | p. 1 : Er was eens… Een koning! ─ zullen mijn kleine lezers zeggen. Sous-traduction | p. 7 : Er was eens… ‘Een Koning!’ zullen mijn kleine lezertjes meteen zeggen. Surtraduction |
| 2 | p. 2 : — No, ragazzi, avete sbagliato. | p. 1 : ─ Neen, jongens, misgeraden. Faux-sens dépersonnalisation | p. 7 : Nee, kinderen, jullie hebben het mis. |
| 3 | p. 2 : Non so come andasse, ma il fatto gli è che un bel giorno questo pezzo di legno capitò nella bottega di un vecchio falegname, il quale aveva nome Mastr’Antonio, se non che tutti lo chiamavano maestro Ciliegia, per via della punta del suo naso, che era sempre lustra e paonazza, come una ciliegia matura. | p. 1 : Hoe ‘t ging weet ik niet, maar op zekeren dag kwam dit stuk hout terecht in den winkel van een ouden timmerman, die baas Antonio heette, maar die door iedereen baas Kers genoemd werd, om het puntje van zijn neus, dat altijd glom en rood zag als een rijpe kers. | p. 7 : Hoe het kwam, weet ik niet, maar dat stuk hout belandde op een goeie dag in de werkplaats van een oude timmerman, die Meester Antonio heette. Alleen noemde iedereen hem Meester Kers vanwege de punt van zijn neus, die altijd glom en zo rood was als een overrijpe kers. Surtraduction |
| 4 | p. 2 : Figuratevi come rimase quel buon vecchio di maestro Ciliegia! | p. 2 : Stel u voor hoe die goede oude baas Kers stond te kijken! Changement de personne : utilise le « u » au lieu de la 2e pers. du pluriel | p. 7 : Die goeie, ouwe Meester Kers wist niet wat hem overkwam, dat kun je je voorstellen. Changement de personne : utilise la 2e pers. du singulier au lieu de la 2e pers. du pluriel Changement de l’ordre de la phrase |
| 5 | p. 6 : Fatti gli occhi, figuratevi la sua maraviglia quando si accòrse che gli occhi si movevano e che lo guardavano fisso fisso. | p. 10 : Maar stel u zijne verbazing voor : nauwelijks had hij de oogen af of hij merkte dat zij bewogen en hem heel strak aankeken. « u » au lieu de la 2e pers. du pluriel | p. 13 : Je kunt je voorstellen dat hij het wel merkwaardig vond dat de ogen, toen ze klaar waren, bewogen en hem strak aankeken. « je » au lieu de la 2e pers. du pluriel |
| 6 | p. 7 : — Piglialo! piglialo! — urlava Geppetto; ma la gente che era per la via, vedendo questo burattino di legno, che correva come un barbero, si fermava incantata a guardarlo, e rideva, rideva e rideva, da non poterselo figurare. impersonnel | p. 12: ─ Pak hem ! Pak hem ! ─ riep Geppetto : maar toen de menschen op straat dien houten harlekijn zagen, die liep als een harddraver, stonden zij verbaasd stil om naar hem te kijken en lachten, lachten, dat zij hun buik moesten vasthouden. Faux-sens Changement de sujet | p. 15 : ‘Pak ‘m, pak ‘m!‘ schreeuwde Geppetto, maar de mensen op straat, die de houten marionet als een renpaard voorbij zagen stuiven, bleven vol bewondering naar hem staan kijken, en lachten, lachten, lachten, je hebt geen idee hoe hard ze lachten. Plus familier que dans la version de 1900 S’adresse directement au lecteur |
| 7 | p. 7 : Ma figuratevi come rimase quando, nel cercargli gli orecchi, non gli riuscì di poterli trovare: e sapete perché? perché, nella furia di scolpirlo, si era dimenticato di farglieli. | p. 13 : Maar verbeeld u zijn verbazing, toen hij de ooren zocht kon hij ze niet vinden. En weet ge waarom niet ? Omdat hij in de haast den harlekijn af te hebben, vergeten had ze te maken. « u » et « ge » au lieu de la 2e pers. du pluriel | p. 16 : Maar stel je voor hoe hij stond te kijken toen hij naar die oren zocht en ze niet kon vinden! En weten jullie waarom? Omdat hij in de haast vergeten was om oren te maken. « je » au lieu de la 2e pers. du pluriel Puis « jullie » |
| 8 | p. 7 : Quello che accadde dopo, è una storia così strana da non potersi quasi credere, e ve la racconterò in quest’altri capitoli. impersonnel | p. 14 : Wat hierna voorvalt is zoo’n vreemde geschiedenis dat ze bijna niet te gelooven is. Die vertel ik in de volgende hoodfstukken. ne s’adresse plus directement au lecteur sous-traduction | p. 16 : Wat er daarna gebeurde, is zo’n vreemd verhaal dat je je oren niet kan geloven. Ik zal het jullie in de volgende hoodstukken vertellen. Le sujet devient le lecteur Introduit les « oren » : surtraduction |
| 9 | p. 8 : Vi dirò dunque, ragazzi, che mentre il povero Geppetto era condotto senza sua colpa in prigione, quel monello di Pinocchio, rimasto libero dalle grinfie del carabiniere, se la dava a gambe giù attraverso ai campi, per far più presto a tornarsene a casa; | p. 15 : Dus jongens, terwijl de arme Geppetto buiten zijn schuld naar de gevangenis werd gebracht, liep die ondeugende Pinokkio, zoodra hij bevrijd was uit de handen van den agent, zoo hard als zijn beenen hem konden dragen door het veld om eerder thuis te zijn : sous-traduction : le narrateur à la première personne disparaît | p. 18 : Ik ga jullie nu vertellen, kinderen, hoe die dondersteen van een Pinokkio, nadat hij eenmaal was ontsnapt aan de klauwen van de agent, dwars door de velden vluchtte om zo snel mogelijk thuis te komen (terwijl de arme Geppetto buiten zijn schuld naar de gevangenis werd gebracht). Changement ordre de la phrase Surtraduction : mise entre parenthèses d’une partie de la phrase |
| 10 | p. 10 : Il povero Pinocchio corse subito al focolare, dove c’era una pentola che bolliva, e fece l’atto di scoperchiarla, per vedere che cosa ci fosse dentro: ma la pentola era dipinta sul muro. Immaginatevi come restò. Il suo naso, che era già lungo, gli diventò più lungo almeno quattro dita. | p. 18 : Hij liep naar het vuur, waar een ketel overhing, en wilde het deksel oplichten om te zien wat er in was, maar stel u voor hoe hij stond te kijken : de ketel was op den muur geschilderd ! Zijn neus, die toch al lang was, werd nog minstens vier centimeter langer. Sous-traduction « u » au lieu de la 2e pers. du pluriel Change ordre Faux sens | p. 20 : De arme Pinokkio rende meteen naar het haardvuur, waar een pan boven hing te pruttelen. Hij wilde het deksel optillen om te kijken wat erin zat, maar de pan was op de muur geschilderd. Je kunt je voorstellen hoe z’n gezicht stond! Zijn neus, die toch al lang was, werd nog minstens vier centimeter langer. Coupe la phrase |
| 11 | p. 10 : La gioia del burattino è impossibile descriverla: bisogna sapersela figurare. impersonnel | p. 19 : De vreugde van den harlekijn is onmogelijk te beschrijven. Die moet ge u kunnen voorstellen. « ge » au lieu de l’impersonnel | p. 21 : De blijdschap van de marioniet valt met geen pen te beschrijven: je moet het gewoon voor je zien. « je » au lieu de l’impersonnel |
| 12 | p. 18 : Bisogna sapere che il sipario era tirato su e la commedia era già incominciata. impersonnel | p. 34 : Ge moet weten, dat het gordijn opgetrokken en de voorstelling begonnen was. « ge » au lieu de l’impersonnel | p. 37 : Je moet weten dat het doek al was opgehaald en de voorstelling was begonnen. « je » au lieu de l’impersonnel |
| 13 | p. 18 : È impossibile figurarsi gli abbracciamenti, gli strizzoni di collo, i pizzicotti dell’amicizia e le zuccate della vera e sincera fratellanza, che Pinocchio ricevé in mezzo a tanto arruffìo dagli attori e dalle attrici di quella compagnia drammatico-vegetale. | p. 35 : Er kwam geen einde aan de omhelzingen en de betuigingen van ware en trouwe vriendschap die Pinokkio ontving van de heeren en dames van dit dramatisch ─ houten gezelschap. Sous-traduction | p. 37-38 : Je kunt je gewoon niet voorstellen hoe Pinokkio werd omhelsd, hoe al die over elkaar heen buitelende acteurs en actrices van dat plataardige toneelgezelschap hun armen om zijn nek sloegen, hem bijna fijnknepen en hem gemeend gevoel van broederschap. « je » au lieu de l’impersonnel Ordre différent |
| 14 | p. 20 : Il burattinaio Mangiafoco (ché questo era il suo nome) pareva un uomo spaventoso, non dico di no, specie con quella sua barbaccia nera che, a uso grembiale, gli copriva tutto il petto e tutte le gambe; ma nel fondo poi non era un cattiv’uomo. | p. 38 : Ik zeg niet, dat Vuureter de spellebaas, op het eerste gezicht geen man was om bang voor te worden met zijn zwarten baard die zijn borst en beenen als een schort bedekte, maar in zijn hart was hij zoo kwaad niet. Faux sens Sous-traduction | p. 40 : Ik zeg niet dat de baas van het poppentheater, Vuurvreter (want zo heette hij), er niet angstaanjagend uitzag, want dat deed hij, vooral met die woeste, zwarte baard van hem die als een schort voor zijn borst en benen hing, maar in de grond was hij geen slechte kerel. Surtraduction (et rajoute un effet de style) |
| 15 | p. 20 : Perché bisogna sapere che, mentre tutti gli uomini, quando si sentono impietositi per qualcuno, o piangono, o per lo meno fanno finta di rasciugarsi gli occhi, Mangiafoco, invece, ogni volta che s’inteneriva davvero aveva il vizio di starnutire.. | p. 39 : Ge moet namelijk weten dat terwijl andere menschen, als ze het te kwaad krijgen met zich zelf, of huilen, of ten minste doen alsof ze tranen afdrogen, Vuureter daarentegen, telkens als hij werkelijk bewogen was, de gewoonte had te niezen. Surtraduction « ge » au lieu de l’impersonnel Faux sens Sous-traduction | p. 40 : Je moet weten, als andere mensen medelijden met iemand krijgen, beginnen ze te huilen of op z’n minst te doen alsof ze hun tranen afdrogen, maar Vuurvreter had de merkwaardige gewoonte om als hij echt aangedaan raakte, te gaan niezen. « je » au lieu de l’impersonnel Faux sens |
| 16 | p. 20 : Figuratevi il povero Arlecchino! Fu tanto il suo spavento, che le gambe gli si ripiegarono e cadde bocconi per terra. | p. 40 : Stel u dien Hansworst voor ! Hij schrikte zoo, dat zijn beenen knikten en hij voorover viel. « u » au lieu de la 2e pers. du pluriel Sous-traduction | p. 41 : Stel je voor hoe die arme Harlekijn zich voelde! Hij schrok zo dat zijn benen dubbelklapten en hij plat op zijn gezicht op de grond viel. « je » au lieu de la 2e pers. Du pluriel Plus proche de l’original, garde l’humour |
| 17 | p. 22 : Pinocchio, com’è facile immaginarselo, ringraziò mille volte il burattinaio: abbracciò, a uno a uno, tutti i burattini della compagnia, anche i giandarmi; e fuori di sé dalla contentezza, si mise in viaggio per ritornarsene a casa sua. | p. 43 : Pinokkio bedankte, zoals ge kunt begrijpen, wel duizend maal : hij omhelsde alle harlekijnen van het gezelschap, ook de agenten : en buiten zich zelf van blijdschap wilde hij naar huis gaan. « ge » au lieu de l’impersonnel Faux sens Sous-traduction | p. 43: Jullie kunnen je natuurlijk voorstellen dat Pinokkio de baas duizendmaal bedankte. Hij omhelsde alle marionetten van het theater een voor een, ook de agenten, en ging, helemaal boven zijn theewater van blijdschap, op weg naar huis. Change l’ordre de la phrase « jullie » au lieu de l’impersonnel Utilise une expression idiomatique plus imagée |
| 18 | p. 27 : Allora l’assassino più piccolo di statura, cavato fuori un coltellaccio, provò a conficcarglielo a guisa di leva e di scalpello fra le labbra: ma Pinocchio, lesto come un lampo, gli azzannò la mano coi denti, e dopo avergliela con un morso staccata di netto, la sputò; e figuratevi la sua meraviglia quando, invece di una mano, si accòrse di avere sputato in terra uno zampetto di gatto. | p. 57 : Toen nam de kleinste een mes en trachtte dit als een hefboom tusschen Pinokkio’s lippen te wringen, maar deze vlug als een aal, beet de hand heel netjes af en spuwde haar uit, maar hoe verbaasd keek hij op….. In plaats van een hand had hij een kattepoot afgebeten. Sous-traduction Faux-sens | p. 55 : Toen haalde de kleinste van de twee moordenaars een joekel van een mes tevoorschijn waarmee hij probeerde zijn lippen open te wrikken, maar Pinokkio zette bliksemsnel zijn tanden in zijn hand, beet hem in één knauw af en spuugde hem uit. Moet je je voorstellen hoe verbaasd hij was toen hij zag dat het geen hand was maar een kattenpoot. 2e pers. du singulier au lieu de la 2e pers. du pluriel Sous-traduction |
| 19 | p. 28 : Non per questo si dettero per vinti: ché anzi, raccolto un fastello di legna secche a piè del pino, vi appiccarono il fuoco. | p. 58 : Maar daarom gaven ze zich nog niet gewonnen : zij namen een bos drog hout, dat aan den voet van den boom lag en stookten een vuurtje. | p. 55 : Maar denk maar niet dat ze zich gewonnen gaven, hoor. Ze stapelden een armvol droge takken die onder de boom lagen op elkaar en staken ze in de fik. Surtraduction Coupe la phrase |
| 20 | p. 31 : ─ Che cosa comandate, mia graziosa Fata? ─ disse il Falco abbassando il becco in atto di riverenza (perché bisogna sapere che la Bambina dai capelli turchini non era altro in fin dei conti che una bonissima Fata, che da più di mill’anni abitava nelle vicinanze di quel bosco). | p. 64 : ─ Wat beveelt mijn bevallige Fee? ─ zei de Valk, den snavel buigend ten teeken van eerbied ; want ge moet weten dat het meisje met de blonde krullen niemand anders was dan een heel goede Fee, die al meer dan duizend jaar in de buurt van het bosch woonde. « ge » au lieu de l’impersonnel Faux-sens Enlève majuscule surtraduction | p. 60 : ‘Wat is er van uw dienst, mijn lieftallige Fee?’ vroeg de Valk en hij boog eerbiedig zijn snavel (want je moet weten dat het Meisje met het blauwe haar eigenlijk een goede Fee was die al meer dan duizend jaar in de buurt van het bos woonde). « je » au lieu de l’impersonnel |
| 21 | p. 32 : Figuratevi come rimasero tutti, allorché, sollevati un poco i lenzuoli, si accorsero che quello che piangeva e singhiozzava era Pinocchio. | p. 68 : Stel u de algemeene verbazing voor, toen de lakens een beetje opgelicht werden en men merkte, dat het Pinokkio was, die zoo te keer ging. Faux sens | p. 63 Stel je voor hoe ze allemaal stonden te kijken toen ze het laken optilden en zagen dat het Pinokkio was die zo snikte en snotterde. |
| 22 | p. 34 : Fatto sta che di lì a pochi minuti, Pinocchio saltò giù dal letto, bell’e guarito; perché bisogna sapere che i burattini di legno hanno il privilegio di ammalarsi di rado e di guarire prestissimo. | p. 72 : Na een paar minuten sprong Pinokkio uit bed, heelemaal beter : want ge moet weten, dat houten harlekijnen het voorrecht hebben zelden ziek te zijn en heel gauw te genezen. Sous-traduction | p. 66 : Feit is wel dat Pinokkio een paar minuten later kiplekker uit zijn bed sprong, want je moet weten: houten poppen hebben het voorrecht zelden ziek te worden en razendsnel weer beter te zijn. Expression idiomatique |
| 23 | p. 36 : Come potete immaginarvelo, la Fata lasciò che il burattino piangesse e urlasse una buona mezz’ora, a motivo di quel suo naso che non passava più dalla porta di camera ; e lo fece per dargli una severa lezione e perché si correggesse dal brutto vizio di dire le bugie, il più brutto vizio che possa avere un ragazzo. | p. 76 : Om den harlekijn nu eens een goede les te geven en hem dat leelijke jokken voor eens en altijd af te leeren, liet de Fee hem een half uur huilen om zijn neus, die zoo groot was, dat hij niet meer door de kamerdeur kon…. Sous-traduction Goede les : moins fort | p. 68 : Zoals jullie je kunnen voorstellen, liet de Fee Pinokkio ruim een halfuur huilen en blèren om die neus van hem die niet meer door de deur van de kamer kon, en dat deed ze om hem een lesje te leren, zodat hij die slechte gewoonte om leugens te vertellen zou afleren, want dat is de slechteste gewoonte di een kind kan hebben. Sous-traduction |
| 24 | p. 36 : Difatti vide apparire sulla strada, indovinate chi?… la Volpe e il Gatto, ossia i due compagni di viaggio coi quali aveva cenato all’osteria del Gambero rosso. | p. 77 : En werkelijk zag hij…… Raad eens wie? …… Den Wolf en den Kater: de twee reisgezellen, waarmee hij in de “Roode Kreeft” het avondeten had gebruikt. Sous-traduction Faux-sens | p. 69 : En ja hoor, wie denken jullie dat er ineens voor zijn neus stonden…? De Vos en de Kat, oftewel de twee reisgenoten met wie hij in herberg De Rode Kreeft had gegeten. Dialogue avec le lecteur Sous-traduction |
| 25 | p. 40 : Perché bisogna sapere che il giovane Imperatore che regnava nella città di Acchiappa-citrulli, avendo riportato una bella vittoria contro i suoi nemici, ordinò grandi feste pubbliche, luminarie, fuochi artificiali, corse di barberi e di velocipedi, e in segno di maggiore esultanza, volle che fossero aperte anche le carceri e mandati fuori tutti i malandrini. | p. 86 : Ge moet dan weten, dat de jeugdige keizer, die in de stad « Pakdedomooren » regeerde een schitterende overwinning op zijn vijanden behaald had en daarom groote publieke feesten uitschreef : illuminaties, vuurwerk, harddraverijen, fietsrijden, enz. en als blijk van zijn hoogste tevredenheid gelastte hij, dat alle kerkers zouden geopend en de schavuiten losgelaten worden. Pas de majuscule à keizer Surtraduction | p. 76 : Je moet weten dat de jonge Keizer die over de stad Dommengreyp regeerde, een verpletterende overwinning op zijn vijanden had behaald en daarom grote feesten voor het volk had laten organiseren, met feestverlichting, vuurwerk, paardenrennen en rijwielwedstrijden, en om de feestvreugde nog verder te verhogen, gelastte hij ook om de gevangenisdeuren open te gooien en alle boeven vrij te laten. |
| 26 | p. 41 : Figuratevi l’allegrezza di Pinocchio quando si sentì libero. | p. 88 : Stel u de blijdschap van Pinokkio voor, toen hij vrij was ! | p. 77: je voorstellen hoe blij Pinokkio was toen hij weer vrij was. |
| 27 | p. 41 : Impossibile immaginarsi la paura del burattino: il quale, allontanatosi più di mezzo chilometre, si mise a sedere sopra un monticello di sassi, aspettando che il Serpente se ne andasse una buona volta per i fatti suoi e lasciasse libero il passo della strada. | p. 89 : Wat werd onze harlekijn bang ! Hij ging een heel eind terug en op een grooten steen zitten wachten in de hoop, dat de slang, zou wegkruipen. Rapprochement avec le lecteur : surtraduction Sous-traduction Minuscule à « slang » | p. 78 : Je hebt geen idee hoe bang de marionet was. Hij rende wel een halve kilometer terug en ging op een hoopje stenen zitten wachten tot de Slang eindelijk op zou hoepelen en de weg vrij zou maken. |
| 28 | p. 43 : Pinocchio, come potete figurarvelo, si dètte a piangere, a strillare, a raccomandarsi: ma erano pianti e grida inutili, perché lì all’intorno non si vedevano case e dalla strada non passava anima viva. | p. 92 : Zoals ge u kunt voorstellen, begon Pinokkio te huilen en om hulp te roepen, maar te vergeefs: nergens in den omtrek was een huis te zien. Geen levende ziel was op den weg. Sous-traduction | p. 80 : Pinokkio begon te huilen, te gillen en om hulp te roepen, dat kunnen jullie je voorstellen, maar al dat gehuil en gejammer was voor niets, want er was geen huis te bekennen en geen levende ziel vertoonde zich op straat. |
| 29 | p. 47 : Come rimanesse il burattino, quand’ebbe compitate alla peggio quelle parole, lo lascio pensare a voi. Cadde bocconi a terra, e coprendo di mille baci quel marmo mortuario, dètte in un grande scoppio di pianto. Pianse tutta la notte, e la mattina dopo, sul far del giorno, piangeva sempre, sebbene negli occhi non avesse più lacrime: e le sue grida e i suoi lamenti erano così strazianti ed acuti, che tutte le colline all’intorno ne ripetevano l’eco. E piangendo diceva: | p. 100 : Toen Pinokkio met moeite die woorden had ontcijferd, viel hij languit op den grond en snikte het uit. Hij huilde den geheelen nacht door, en den volgenden morgen huilde hij nog : retire l’adresse au lecteur sous-traduction : résumé, réduit la dimension dramatique | p. 86 : Hoe de marionet zich voelde toen hij, zo goed en zo kwad als het ging, deze woorden had gespeld, laat ik jullie verbeelding over. Hij viel languit op de grond, bedekte de marmeren grafsteen met duizend kussen en barstte in snikken uit. Hij huilde de hele nacht, en de volgende ochtend, toen het licht werd, huilde hij nog steeds, hoewel hij geen tranen meer over had. Zijn gejammer en gekerm klonken zo hartverscheurend en zo schril dat alle heuvels in de wijde omtrek het geluid weerkaatsten. Hij snikte: |
| 30 | p. 55 : Figuratevi quelle birbe di ragazzi, quando videro entrare nella loro scuola un burattino! | p. 117 : Wat een vroolijkheid voor de jongens toen zij een harlekijn in hun klas zagen. Sous-traduction surtraduction Interprétation | p. 99 : Moet je je voorstellen hoe die kwajongens keken toen ze een marionet hun school binnen zagen stappen ! |
| 31 | p. 58 : Figuratevi i pesci! I pesci, credendo che quei libri fossero roba da mangiare, correvano a frotte a fior d’acqua; ma dopo avere abboccata qualche pagina o qualche frontespizio, la risputavano subito, facendo con la bocca una certa smorfia, che pareva volesse dire: | p. 124 : Onmiddellijk trokken de visschen er op af ; zij dachten dat hun eetwaar werd toegeworpen en kwamen in schoolen aanzetten, maar als ze een bladzijde of een titelblad hadden opgeslikt, wisten ze niet, hoe gauw ze het weer zouden uitspuwen, en dan trokken ze een gezicht, alsof ze zeggen wilden : sous-traduction | p. 103 : Moet je je voorstellen hoe de vissen keken ! Die dachten dat die boeken eetbaar waren en kwamen met hele scholen tegelijk aan de oppervlakte, maar zodra ze hun tanden in een bladzijde of titelpagina hadden gezet, spuugden ze hem meteen weer uit en trokken een vies gezicht, alsof ze zeggen wilden: |
| 32 | p. 58 : Vi lascio immaginare se era peso di molto! | p. 125 : Ge kunt zelf wel nagaan, hoe zwaar dat was. | p. 106 : Kun je nagaan hoe zwaar dat was ! |
| 33 | p. 60 : Durante quella corsa disperata, vi fu un momento terribile, un momento in cui Pinocchio si credé perduto: perché bisogna sapere che Alidoro (era questo il nome del can mastino) a furia di correre e correre, l’aveva quasi raggiunto. Basti dire che il burattino sentiva dietro di sé, alla distanza d’un palmo, l’ansare affannoso di quella bestiaccia, e ne sentiva perfino la vampa calda delle fiatate. | p. 128 : Een ogenblik dacht Pinokkio, dat hij verloren was. Kwik (zoo heette de hond) had hem bijna ingehaald. Hij hoorde het zware hijgen van ‘t beest en voelde zijn heeten adem al vlak bij hem. Sous-traduction Kwik : pas le même sens qu’Alidoro (« ailes d’or ») | p. 110 : Tijdens die panische race beleefde Pinokkio opens een vreselijk moment. Een ogenblik lang dacht hij dat hij verloren was, want je moet weten dat Alidoro (zo heette die buldog) zo hard rende dat hij hem bijna had ingehaald. De marionet hoorde op een paar centimeter achter zich het zware gehijg van dat rotbeest en voelde zelfs zijn hete hondenadem in zijn nek, nou, dan weet je het wel. Ne traduit pas la signification du nom Surtraduction |
| 34 | p. 61 : Come potete immaginarvelo, i naselli, i muggini, le sogliole, i ragnotti e l’acciughe, andarono tutti alla rinfusa nella conca, a tener compagnia alle triglie. | p. 131 : Zoals ge u kunt voorstellen, gingen de schelvisschen, de tongetjes, de schollen en den ansjovis door elkaar in de tobbe, om de zeehaantjes gezelschap te houden. | p. 112 : Jullie zien het natuurlijk al voor je: al die heken, harders, tongetjes, zeebaarzen en ansjovissen werden allemaal in de bak gekieperd om de mullen gezelschap te houden. |
| 35 | p. 65 : Figuratevi il povero Pinocchio! Dové passare tutto il resto della notte con un piede in terra e con quell’altro per aria. | p. 140 : Die arme Pinokkio! Hij moest het overige van den nacht met één voet op den grond en de andere in de deur doorbrengen. Sous-traduction Faux-sens | p. 119 : Zien jullie hem voor je, die arme Pinokkio? De rest van de nacht stond hij met één voet op de grond en met één in de lucht. Sous-traduction |
| 36 | p. 65 : Bisogna proprio dire che avesse fatto una sudata. | p. 141 : Men moet toch erkennen, dat zij had voortgemaakt! exclamation | p. 119 : Je kunt gerust zeggen dat ze zich in het zweet had gelopen. Plus proche de l’italien |
| 37 | p. 67 : Ora bisogna sapere che Pinocchio, fra i suoi amici e compagni di scuola, ne aveva uno prediletto e carissimo, il quale si chiamava di nome Romeo: ma tutti lo chiamavano col soprannome di Lucignolo, per via del suo personalino asciutto, secco e allampanato, tale e quale come il lucignolo nuovo di un lumino da notte. | p. 145 : Nu moet ge weten, dat Pinokkio onder zijn schoolkennissen een best vriendje had, dat Romeo heette, maar iedereen noemde hem Zwavelstok, omdat hij zoo lang en mager was. Sous-traduction | p. 122 : Nu moet je weten dat Pinokkio onder zijn vriendjes en klasgenoten één lievelingsvriendje had, en die heette Romeo, maar iedereen noemde hem bij zijn bijnaam, Lampepit, omdat hij zo’n iel, lang, mager lijf had, precies zoals de nieuwe pit van een nachtlampje. |
| 38 | p. 70 : Figuratevi un omino più largo che lungo, tenero e untuoso come una palla di burro, con un visino di melarosa, una bocchina che rideva sempre e una voce sottile e carezzevole, come quella d’un gatto, che si raccomanda al buon cuore della padrona di casa. | p. 152 : Stel u voor een kort, dik mannetje, een vollemaan, zoo vettig als een klont boter, met een gezicht zoo zoetsappig als honig, met een altijddurenden lach om den mond en een fluweelen stemmetje als van een kat, die in de gunst van zijn meesteres wil komen. Surtraduction : « vollemaan », pas dans l’original Faux sens | p. 126 : Stel je voor: een mannetje dat breder was dan lang, week en vet als een kluit boter, met een gezichtje als een rozenappel, een mondje dat altijd lachte en een dun, vleierig stemmetje, als van een kat die zijn bazin stroop om de mond smeert. Plus proche de la formulation italienne Expression idiomatique |
| 39 | p. 71 : Figuratevi la risatona impertinente e sgangherata di tutti quei ragazzi presenti alla scena. Ma l’Omino non rise. Si accostò pieno di amorevolezza al ciuchino ribelle, e, facendo finta di dargli un bacio, gli staccò con un morso la metà dell’orecchio destro. | p. 154 : Een oorverdoovend gelach van alle jongens ! Het mannetje echter lachtte niet. Sous-traduction | p. 127 : Jullie kunnen je voorstellen dat al die kinderen zich op hun dijen sloegen van het lachen toen ze dat zagen. Maar het Mannetje lachte niet. Hij liep poeslief naar het opstandige ezeltje, deed net alsof hij het een kusje wilde geven, en beet toen in één keer zijn halve rechteroor eraf. Faux-sens |
| 40 | p. 71 : E immaginatevi come restò, quando s’accòrse che il suo ciuchino piangeva… e piangeva proprio come un ragazzo! | p. 155 : Verbeeld u, hoe hij stond te kijken, toen hij merkte dat zijn ezeltje huilde… en heusch huilde als een jongen! | p. 129 : Moet je je voorstellen hoe hij zich voelde toen hij merkte dat het ezeltje huilde… echt huilde, als een kind! |
| 41 | p. 72 : Pinocchio, Lucignolo e tutti gli altri ragazzi, che avevano fatto il viaggio coll’Omino, appena ebbero messo il piede dentro la città, si ficcarono subito in mezzo alla gran baraonda, e in pochi minuti, com’è facile immaginarselo, diventarono gli amici di tutti. | p. 157 : Pinokkio, Zwavelstok en alle andere jongens, die de reis met het mannetje gemaakt hadden, waren nauwelijks aan gekomen, of ze waren midden in de drukte en zoals te begrijpen is, werden ze in een paar minuten de vrienden van allen. Sous-traduction | p. 130 : Zodra ze een voet in de stad hadden gezet, stortten Pinokkio, Lampepit en alle andere jongens die met het Mannetje mee waren gekomen, zich in linea recta in het feestgedruis en binnen een paar minuten, dat kun je je voorstellen, waren ze vriendjes met iedereen. Surtraduction |
| 42 | p. 73 : — E questa sorpresa quale fu? — Ve lo dirò io, miei cari e piccoli lettori: la sorpresa fu che a Pinocchio, svegliandosi, gli venne fatto naturalmente di grattarsi il capo; e nel grattarsi il capo si accòrse… Indovinate un po’ di che cosa si accòrse? | p. 159 : En wat was die ontdekking ? Ik zal het u zeggen, beste kleine lezers, de ontdekking was, dat Pinokkio, toen hij wakker werd met zijn hoofd tusschen zijn handen, merkte… Raad eens, wat hij merkte? Faux sens Sous-traduction | p. 132 : En wat was de verrassing? Dat zal ik jullie vertellen, lieve kleine lezertjes; de verrassing was dat Pinokkio, toen hij wakker werd en onwillekeurig op zijn hoofd krabde, ontdekte dat… Nou, raad eens wat hij ontdekte? Plus familier |
| 43 | p. 73 : Voi sapete che il burattino, fin dalla nascita, aveva gli orecchi piccini piccini: tanto piccini che, a occhio nudo, non si vedevano neppure! Immaginatevi dunque come restò, quando dové toccar con mano che i suoi orecchi, durante la notte, erano così allungati, che parevano due spazzole di padule. | p. 159 : Ge weet, dat de harlekijn van zijn geboorte af heel kleine oortjes had, zoo klein, dat men ze niet eens met het bloote oog kon zien! Verbeeldt u dus, hoe hij stond te kijken, toen hij voelde, dat ze gedurende den nacht zoo lang waren geworden, dat ze wel twee roeispanen leken. Faux sens | p. 132 : Jullie weten dat de marionet vanaf zijn geboorte piepkleine oortjes had. Zo klein dat je ze met het blote oog niet eens kon zien. Dus stel je voor hoe hij opkeek toen hij zich krabde en voelde dat zijn oren die nacht zo lang waren geworden dat het wel twee boenborstels leken. |
| 44 | p. 73 : Lascio pensare a voi il dolore, la vergogna, e la disperazione del povero Pinocchio! | p. 160 : Ik laat het aan mijn kleine lezers over zich in te denken hoe bedroefd, beschaamd en wanhopend die arme Pinokkio was! Remplace « voi » par « kleine lezers » | p. 132 : Je begrijpt natuurlijk hoe verdrietig en wanhopig die arme Pinokkio was, en hoe hij zich schaamde! N’emploie pas la 1re pers. du sing. |
| 45 | p. 74 : Dopo mezz’ora la porta si aprì: e figuratevi come restò Pinocchio quando, entrando nella stanza, vide il suo amico Lucignolo con un gran berretto di cotone in testa, che gli scendeva fin sotto il naso. | p. 162 : Na een half uur ging de deur open en stelt u voor hoe Pinokkio keek, toen hij de kamer binnen trad en zijn vriend Zwavelstok zag met een groote katoenen muts over het hoofd getrokken tot onder zijn neus. | p. 134 : Na een halfuur ging de deur open. Stel je voor hoe Pinokkio keek toen hij de kamer inliep en zag dat zijn vriend Lampepit een grote slaapmuts op had dit tot het puntje van zijn neus kwam. Surtraduction |
| 46 | p. 75 : Ma il momento più brutto per que’ due sciagurati sapete quando fu? Il momento più brutto e più umiliante fu quello quando sentirono spuntarsi di dietro la coda. | p. 165 : Maar weet ge wat het treurigste oogenblik voor de twee stumperds was? Het naarst voor hen was, toen zij hun staarten voelden groeien. Sous-traduction | p. 136 : Maar weten jullie wat het akeligste moment voor onze twee pechvogels was? Het akeligste en meest vernederende moment was toen ze een staart op hun achterste voelden groeien. |
| 47 | p. 76 : E ora avete capito, miei piccoli lettori, qual era il bel mestiere che faceva l’Omino? | p.167 : — En hebt ge nu bregrepen, kleine lezer, welk ambacht dat mannetje uitoefende? Enlève majuscule Sous-traduction : enlève le possessif | p. 137 : Snappen jullie nu, mijn lieve lezertjes, wat dat Mannetje deed voor de kost? Surtraduction : ajoute l’affectif |
| 48 | p. 76 : Quel che accadesse di Lucignolo, non lo so: so, per altro, che Pinocchio andò incontro fin dai primi giorni a una vita durissima e strapazzata. | p. 167 : — Wat er met Zwavelstok gebeurde, weet ik niet ; ik weet alleen dat hij van den eersten dag af een hard en moeilijk leven te verdragen had. Remplace « Pinocchio » par « hij » et crée un faux-sens. Sous-traduction | p. 138 : Wat er van Lamperpit geworden is, weet ik niet, maar ik weet wel dat Pinokkio vanaf de eerste dag een zwaar leven had, vol ontberingen. |
| 49 | p. 77 : Quella sera, come potete figurarvelo, un’ora prima che cominciasse lo spettacolo, il teatro era pieno stipato. | p. 171 : Zoals ge begrijpen kunt, was het paardenspel een uur voor de voorstelling stampvol. Sous-traduction Faux-sens | p. 140 : Die avond zat het theater al een uur voordat de voorstelling begon stampvol, dat begrijpen jullie. Change l’ordre |
| 50 | p. 79 : Lascio pensare a voi, ragazzi, il bel piacere che fu per il povero Pinocchio, quando sentì che era destinato a diventare un tamburo! | p. 176 : Dekt eens, jongens, wat een schrik voor Pinokkio, toen hij hoorde, dat hij bestemd was om een trommel te worden! Sous-traduction : enlève l’insistance sur le « voi » et enlève la première personne du singulier Enlève « povero » Antiphrase pas reprise, perd le ton ironique | p. 144 : Ik hoef jullie niet te vertellen, lieve kinderen, hoe opgetogen — maar niet heus — Pinokkio was toen hij hoorde dat hij voorbestemd was om een trommel te worden! Surtraduction Explicite l’antiphrase Sous-traduction : ne traduit pas « povero » |
| 51 | p. 80 : E cominciò a tirare la fune, con la quale lo aveva legato per una gamba: e tira, tira, tira, alla fine vide apparire a fior d’acqua... indovinate? | p. 177 : Zoo gezegd, zoo gedaan. Hij begon het touw in te halen, dat hij om den eenen poot gebonden had en hij trok, trok… tot hij eindelijk boven zag komen…. Raadt eens wie? Surtraduction Sous-traduction | p. 145 : Hij begon aan het touw te trekken dat hij aan een poot had vastgebonden, en trekken, trekken, trekken maar, totdat hij aan het wateroppervlak een…Wat denken jullie? Raad eens! Surtraduction Enlève le verbe « apparire », sous-entendu. Augmente le suspense |
| 52 | p. 81 : Lascio pensare a voi se il cuore del povero Pinocchio cominciò a battere più forte! | p. 182 : Of het hart van den armen Pinokkio hevig begon te kloppen! Sous-traduction | p. 149 : Ik hoef jullie vast niet te vertellen dat het hart van die arme Pinokkio hevig begon te bonzen! Utilise la négation Sous-traduction |
| 53 | p. 81 : E sapete chi era quel mostro marino? | p. 182 : En weet ge wie dat monster was? Sous-traduction | p. 149 : En weten jullie wie dat zeemonster was? |
| 54 | p. 81 : Immaginatevi lo spavento del povero Pinocchio, alla vista del mostro. | p. 182 : Arme Pinokkio! Wat schrikte hij bij het zien van dat monster. Sous-traduction | p. 149 : Je kunt je voorstellen dat die arme Pinokkio zich een ongeluk schrok toen hij dat monster zag. |
| 55 | p. 82 : Perché bisogna sapere che il Pesce-cane soffriva moltissimo d’asma, e quando respirava, pareva proprio che soffiasse la tramontana. | p. 184 : Want ge moet weten, dat de haai erg aan asthma leed en als hij adem haalde was het precies alsof de noordenwind blies. Enlève majuscule | p. 150 : Je moet weten dat de Haai zwaar astma had en als hij ademhaalde, leek het wel of er een noordenwind opstak. |
| 56 | p. 85 : E più andava avanti, e più il chiarore si faceva rilucente e distinto: finché, cammina cammina, alla fine arrivò: e quando fu arrivato… che cosa trovò? Ve lo do a indovinare in mille: trovò una piccola tavola apparecchiata, con sopra una candela accesa infilata in una bottiglia di cristallo verde, e seduto a tavola un vecchiettino tutto bianco, come se fosse di neve o di panna montata, il quale se ne stava lì biascicando alcuni pesciolini vivi, ma tanto vivi, che alle volte mentre li mangiava, gli scappavano perfino di bocca. | p. 186 : Hoe nader hij kwam, hoe duidelijker en helderder het schijnsel werd. Eindelijk is hij aan zijn bestemming en wat vindt hij nu?…. Dat geef ik u in duizend te raden…. Hij vindt een kleine gedekte tafel. Op die tafel staat een kaars en een groene flesch en aan die tafel zit een oud mannetje, heelemaal wit, net alsof hij van sneeuw of van dons was. Het oude mannetje is bezig een paar levede vischjes op te peuzelen. Die vischjes zijn zoo levend, dat ze soms, terwijl hij ze eet, uit zijn mond ontsnappen. Faux-sens Sous-traduction | p. 152 : Hoe verder hij kwam, hoe helderder en duidelijker het lichtje werd, dus hij lopen en lopen, en eindelijk was hij er. En toen hij er was… wat zag hij toen? Dat raad je nooit! Hij zag een klein, gedekt tafeltje met daarop een brandende kaars in een groene glazen fles, en aan dat tafletje zat een spierwit, oud mannetje, hij leek wel van sneeuw of van slagroom, en dat mannetje zat te kieskauwen op een paar levende visjes, zó levend dat ze soms onder het kauwen uit zijn mond glipten. Dat raad je nooit!” : utilise la négation. On n’a plus l’intervention à la première personne du narrateur |
| 57 | p. 86 : Ora bisogna sapere che il Pesce-cane, essendo molto vecchio e soffrendo d’asma e di palpitazione di cuore, era costretto a dormire a bocca aperta: per cui Pinocchio, affacciandosi al principio della gola e guardando in su, poté vedere al di fuori di quell’enorme bocca spalancata un bel pezzo di cielo stellato e un bellissimo lume di luna. | p. 191 : Ge moet namelijk weten, dat de haai altijd sliep met een open mond, hij was al zoo oud en leed aan asthma en hartkloppingen. Daarom liep Pinokkio naar het begin van de keel en naar boven kijkend, kon hij door dien wijden, open mond een heel stuk lucht zien met sterren bezaaid en met een prachtig mooien maan. Sous-traduction | p. 155 : Je moet weten, de Haai was al heel oud en leed aan astma en hartkloppingen, en daarom moest hij met zijn mond open slapen. Zodoende kon Pinokkio, die aan de rand van het keelgat stond en omhoogkeek, door die gigantische, opengesperde muil een heel stuk sterrenhemel zien, en het prachtige, heldere licht van de maan. |
| 58 | p. 88 : Geppetto e Pinocchio, come potete immaginarvelo, accettarono subito l’invito: ma invece di attaccarsi alla coda, giudicarono più comodo di mettersi addirittura a sedere sulla groppa del Tonno. | p. 194 : Gepetto en Pinokkio namen het aanbod gretig aan: maar in plaats van zich aan den staart te klampen, vonden ze het gemakkelijker op den rug van hun vriend te gaan zitten. Nom propre pas repris Sous-traduction Faux-sens | p. 158 : Geppetto en Pinokkio namen het aanbod meteen aan, dat snappen jullie wel, maar in plaats van de staart vast te pakken, vonden ze het makkelijker om gewoon lekker op zijn rug te gaan zitten. Nom propre pas repris |
| 59 | p. 89 : Figuratevi che il Gatto, a furia di fingersi cieco, aveva finito coll’accecare davvero: e la Volpe invecchiata, intignata e tutta perduta da una parte, non aveva più nemmeno la coda. | p. 196 : Door steeds te doen alsof hij blind was, was de Kater heusch blind geworden en de Wolf was aan den eenen kant heelemaal lam en had niet eens een staart meer. Sous-traduction | p. 159 : Moet je je voorstellen: de Kat had zo lang gedaan of hij blind was dat hij het nu ook echt was, en de Vos was oud en schurftig geworden, en aan één kant helemaal verlamd. Hij had niet eens meer een staart. |
| 60 | p. 92 : Ora immaginatevi voi quale fu la sua meraviglia quando, svegliandosi, si accòrse che non era più un burattino di legno: ma che era diventato, invece, un ragazzo come tutti gli altri. | p. 204 : En toen hij goed wakker was, merkte hij…. dat hij geen houten harlekijn, maar een jongen was zoals anderen. Sous-traduction | p. 165-166 : Moet je je voorstellen hoe verbaasd hij was toen hij bij het wakker worden merkte dat hij geen houten marionet meer was, maar een jongen van vlees en bloed. Faux sens : Interpretation |
[1] COLLODI, Carlo. Le avventure di Pinocchio: Storia di un burattino. Édition critique réalisée par Ornella Castellani Pollidori et patronnée par l’Accademia della Crusca. Pescia. Fondazione Nazionale Carlo Collodi. 1983.
[2] COLLODI, Carlo. De avonturen van Pinokkio. Traduit de l’italien par Delforno. Utrecht, Honig, 1900.
[3] COLLODI, Carlo. De avonturen van Pinokkio, traduit de l’italien par Pietha de Voogd, Litouwen, Novecento, 2019.
[4] GAMBIER, Yves. « La retraduction : ambiguïtés et défis ». Autour de la retraduction. Perspectives littéraires européennes, pp.49-66. Sous la direction de E. Monti & P. Schnyder, Paris, Orizons, 2011.
[5] Ibid.
[6] BOER, Adriana den. En quoi la traduction des livres pour enfants est-elle spécifique? Thèse soutenue par l’auteure à l’Université d’Utrecht en 2009.
[7] Ibid. En se référant à l’article de GHESQUIERE, Rita, Het verschijnsel jeugdliteratuur, Leuven, Uitgeverij Acco, 2000, p. 23.
[8] Ibid.
[9] Ibid.
[10] Ibid.
[11] BOER, Adriana den. op. cit.
[12] Ibid. Fait référence à l’article de Jan Van Collie, « Vertalen voor kinderen: hoe anders », Literatuur zonder leeftijd. Jaargang 19, 2005, p. 23.
[13] Ibid.
[14] BOER, Adriana den. op. cit. Fait référence à l’article de Jan Van Collie, « Vertalen voor kinderen: hoe anders », Literatuur zonder leeftijd. Jaargang 19, 2005, pp. 23-27.
[15] BOER, Adriana den. op. cit. Fait référence à l’article de Jan Van Collie, « Vertalen voor kinderen: hoe anders », Literatuur zonder leeftijd. Jaargang 19, 2005, p. 28.
[16] BOER, Adriana den. op. cit.
[17] STAAL, Jos. « Carlo Collodi », Lexicon van de jeugdliteratuur (1982-2014), red. Jan de Collie, Wilma van der Pennen, Jos Staal en Herman Tromp. Groningen, Martinus Nijhoff, 1996, pp. 7-8.
[18] DELISLE, Jean, et al. Terminologie van de vertaling. Traduit et adapté par Henri Bloemen et Winibert Segers, Nijmegen, Vantilt. 2003.
[19] Ibid.
[20] Ibid.
[21] COILLIE, Jan Van. « Jeugdbewerkingen van De Leeuw van Vlaenderen in het Nederlands”, Verslagen & Medelelingen van de KANTL, vol. 123, no 2-3, p. 431, 2013.
[22] Pour la définition de ces termes cf. BORK, G.J. van, et al. Letterkundig lexicon voor de neerlandistiek, Digitale bibliotheek voor de Nederlandse letteren, 2002.
[23] COLLODI, Carlo. De avonturen van Pinokkio, traduit de l’italien par Pietha de Voogd, Litouwen, Novecento, 2019, postface.
Article de Caroline Maupetit, juin 2021
